Istanbul : Alerte aux animaux sauvages !

Si vous suivez mon compte Instagram, vous avez déjà dû voir ces photos de magnifiques animaux colorés cachés dans la ville.

Derrière eux se cache un artiste turc : Kaybid.

Des Beaux-arts à la rue

Kaybid n’est pas son vrai nom. C’est un pseudo. 

En turc Kaybed (prononcé « Caille bête ») veut dire « perte ». Kaybid signifie  « valeur perdue », une façon de nous interroger sur le sens que l’on donne aux choses.  

J’ai découvert Kaybid grâce à son travail de Street Artist mais son travail artistique s’inscrit dans un long parcours. Ancien étudiant aux Beaux-arts, Kaybid réalise notamment des performances de rue depuis maintenant près de 20 ans, à Istanbul et dans d’autres villes de Turquie. 

Marcher à pas lents et feutrés

Les animaux se sont imposés à Kaybid au fil d’un long processus. 

Ce projet a démarré en septembre 2018 et est le premier volet d’un projet en 3 étapes intitulé « Marcher à pas lents et feutrés ». 

Kaybid colle sur les murs d’Istanbul des silhouettes d’animaux : ours, lions, éléphants, renards, pandas… Les premiers animaux étaient multicolores. Des silhouettes de profils d’un grand esthétisme. Les couleurs choisies confèrent aux animaux un caractère à la fois réaliste et onirique. Les animaux semblent sortir d’un rêve grâce à leurs pelages multicolores. 

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Un lion blanc de quelques centimètres

Depuis quelques temps des animaux au pelage blanc sont venus rejoindre les précédents : ours polaire au blanc immaculé marchant au-dessus d’une grille d’aération, lion blanc d’Asie sur un mur gris.

Ces animaux mesurent à peine quelques centimètres. Il faut être attentif pour les découvrir, laisser courir son regard sur des éléments urbains que l’on ne regarde pas vraiment. 

Une fois l’œil attiré, il faut ensuite s’approcher pour voir tous les détails et la beauté de l’œuvre. Puis se reculer à nouveau pour observer l’animal dans son milieu urbain. 

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Les animaux : une source d’inspiration internationale

Ces animaux rappellent le travail d’un artiste français, le pochoiriste Polar Bear Stencil. Lui aussi nous interpelle sur l’impact des êtres humains sur l’avenir de certaines espèces animales avec cette phrase « Don’t make us history ». 

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Animaux éphémères

Si Kaybid dissocie clairement ses travaux réalisés pour la rue ou ceux réalisés pour être exposés en galerie, l’aspect éphémère de ses oeuvres de Street Art le rend triste : 

« Ça me rend vraiment triste. Je crée chaque animal dans un long procédé qui nécessite beaucoup de travail. Certains sont déchirés après même pas une journée. Je fais de mon mieux pour les faire vivre plus longtemps mais le jour d’après je vais voir et ils ont complètement disparu ou quelqu’un a repeint par-dessus ou bien il ne reste plus qu’un morceau. 

A ce moment, je peux te dire que la déconstruction est en réalité très similaire à la dynamique dans laquelle je suis quand je crée les œuvres. Je me dis à moi même que c’est leur vie et leur durée de vie. Je me dis que cet animal était supposé vivre cette durée là dans la ville. « 

Les réseaux sociaux jouent un rôle important. 

Kaybid partage son travail sur Instagram accompagné d’une carte Google map qui montre tous les animaux qu’il a collés. 

Les réseaux sociaux lui permettent de garder un œil sur ses œuvres et de se lier avec son public.

« Je remercie tous ceux qui ont vu et photographié les animaux. Ce ne sont pas juste des témoins, des gens qui passaient par hasard devant ces animaux. Ils permettent de garder une trace. Je ne peux pas surveiller tous les animaux, j’apprends ce qu’ils deviennent via les partages sur les réseaux sociaux. C’est comme ça que je sais s’ils ont été repeints, d’autres ont été tués à coup de flèches qui ont été peintes sur eux ; d’autres sont déchirés… Ceux qui ont vu les animaux suivent le process. A partir de là les animaux existent en dehors de moi, ils appartiennent à tous ceux qui les voient. Certains êtres humains les approchent sauvagement, d’autres avec compassion. Ça dépend de leur personnalité ».

La chasse aux « Kaybids »

Ce partage avec ses followers lui procure une motivation très forte. 

« Parfois, je vois un animal que je pensais être à peine visible, partagé sur instagram et je me dis : «Là ! Ça marche ! Peut-être qu’en les photographiant, ils les apprivoisent. Ceux qui les voient en prennent possession quand ils les photographient et les partagent. À un moment donné, cela devient un jeu. Il y en a qui partent à la chasse aux « kaybids ». Je vis leur enthousiasme à travers leur yeux ».

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Si vous aussi vous voulez apprivoiser les animaux de Kaybid, rendez-vous sur son compte Instagram :

Je remercie Kaybid d’avoir accepté de se plier au jeu de l’interview.

Pour en savoir plus :

Retrouvez l’intégralité de son interview en anglais 

Pour plus d’info sur le lien entre Street Art et Réseaux sociaux, article sur le sujet à lire ici 

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Rencontre avec HeartCraft

Il y a quelques jours, j’ai eu la chance de rencontrer HeartCraft.
Tomber sur un de ses stickers « coeur » au coin de la rue est toujours une bonne surprise et j’ai souhaité en savoir plus sur ce Street Artist et sa démarche artistique. 

Blind Date

Nous avions rendez-vous samedi dernier au métro Belleville.

J’avais fait des recherches sur internet mais difficile de trouver des informations et de savoir avec qui j’avais rendez-vous.
Femme, Homme, jeune, moins jeune ?
A la sortie du métro, je me retrouve à guetter tous les gens sortant.
 Mon regard s’arrête sur un jeune homme blond, sweet à capuche, sac à dos bariolé de tags faits au type.
Je pense avoir identifié mon blind date quand un homme s’approche de moi.
Grand, beau, très élégant, une petite quarantaine d’année… très éloigné de l’image que l’on peut se faire d’un street artist. Je ne connaitrai pas son prénom, ses amis l’appellent « Heart ».

Nous voilà partis pour une balade à travers les rues de Belleville. HeartCraft me propose de me montrer des oeuvres qu’il a réalisées la semaine précédente et qu’il voudrait prendre en photo pour son compte Instagram.

Du rainbow flag à la coupe du monde…

HeartCraft a commencé à coller ses stickers en 2016.
Parallèlement comédien, mannequin, l’art et l’esthétisme font partie de sa vie depuis toujours.
Si ce sont les attentats de Charlie Hebdo qui lui ont redonné envie de dessiner, c’est dans le contexte des dernières  élections présidentielles qu’il crée son premier sticker : une femme rousse au visage constellé de tâches de rousseurs embrassant un homme dans une forme de coeur.
Ses stickers ont pour ambition d’interpeller sur la notion de tolérance, du vivre ensemble. Selon lui, « même si nous avons tous nos propres intolérances, il est important de travailler dessus ». Son travail est notamment guidé par la citation de Nelson Mandela : «Personne ne nait en haïssant une autre personne à cause de la couleur de sa peur, ou des origines, ou de sa religion. Les gens doivent apprendre à haïr, et s’ils peuvent apprendre à haïr, ils peuvent apprendre à aimer. »
Le sticker orange des débuts a ensuite été décliné sous plusieurs formes : Rainbow flag, St Valentin, coupe du monde, Brésil, mais aussi des stickers plus engagés comme celui avec un couple portant un voile et une kippa.
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J’interroge HeartCraft sur les réactions des gens face à ses stickers.
« Je n’ai jamais eu de problème quand je colle, peut être parce que les stickers sont petits. Il faut s’approcher pour voir de quoi il s’agit. Je pense qu’à force de voir un message de tolérance, sur le long terme, ça peut impacter les gens. »

Session collage

Au début HeartCraft collait plutôt la nuit, en solo. Aujourd’hui il s’est rapproché d’une communauté de street artistes avec lesquels il part en session collage.
Il collabore avec des artistes comme Jo Little ou encore Fé ta vie .
 » Ma Collaboration avec Jo Little fonctionne bien. On a tous les deux des dessins tout en rondeurs avec des couleurs vives et un message de tolérance. »
« Travailler à plusieurs c’est intéressant. Ça permet de faire évoluer l’oeuvre. Avant je collais un seul sticker, aujourd’hui j’ai plutôt tendance à les faire vivre dans des compositions ».
Nous partons voir certaines de ses compositions réalisées récemment: une reprenant le mythe de Sisyphe, une autre avec des oiseaux.
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Instagram carte de visite des Street Artists

Si HeartCraft soigne ses oeuvres, il soigne aussi son image.
Perfectionniste, il nettoie rapidement ses stickers avant de les prendre en photo pour son compte Instagram.
« Instagram, je vois ça comme une carte de visite. Cela peut me permettre de me faire repérer par une galerie par exemple ou des marques pour une éventuelle collaboration. J’y consacre beaucoup de temps. J’ai une véritable ligne éditoriale. « 
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Après un passage à la galerie Les temps donnés pour saluer la gérante, nous finissons notre ballade avec un café pendant lequel nous discutons de la communauté street artistes.
HeartCraft la dit « bienveillante et avec des profils plutôt variés. »Si certains viennent du monde de l’art, d’autres ont un quotidien beaucoup plus traditionnel avec des professions très éloignées du milieu du Street Art …
Je n’en saurai pas plus … je repars en imaginant que les artistes dont je croise les oeuvres chaque jour, sont peut-être le caissier du Franprix d’à coté, prof ou encore banquier …
Merci à HeartCraft pour son temps et sa gentillesse
Pour en savoir plus :
Retrouvez Heart Craft dans le nouveau livre de Claude Degoutte Paris Street Art Saison 2 , disponible notamment à la galerie Les Temps donnés, 16 rue des envisages, Paris 20e
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